Colombie (3)

Quand les cyclo voyageurs posent… leur vélo…

Bah alors, qu’est-ce qu’ils font ?? Il faut bien avouer que les derniers cols nous ont un peu mis KO, alors on prend quelques jours d’infidélité à Bourriquet. Pour se faire pardonner, on lui règle quand même définitivement ses problèmes de grincements de dents qui devenaient pénibles et inquiétants (en changeant ses plaquettes de frein qui étaient en métal pour des pastilles en résine).

Ces quelques jours volages se sont décidés à notre insu par le biais de chouettes rencontres.

C’est tout d’abord l’histoire d’une fin de journée harassante : nous avons roulé toute la journée, la traversée de la ville de Pereira s’est avérée assez bondée et moche pour nous inciter à continuer encore un peu, mais finalement notre prochain warmshower est encore à 15 km de col de là, il va faire nuit dans un délai qui ne nous rend pas joueur pour un sou…

Il faut choisir entre dormir dans un Motel où ils feraient une exception pour accueillir un enfant (le style local est plutôt de louer des chambres à l’heure… ça fait pas rêver rêver), rebrousser chemin et donc se re-farcir des km raides le lendemain ou … envisager le bivouac le plus improbable que l’on ait imaginé (c’est dire ! genre décharge près du Rio – mais là c’est le père de famille qui dit stop !)…

Alors que nous faisons des blagues pour ne pas sombrer dans le désespoir, nous apprêtant à faire demi-tour, une voiture s’approche au ralenti sur le chemin de terre où nous poussons Bourriquet dans une côte, sous une pluie fine. La vitre s’abaisse, la conversation s’engage en Anglais, c’est bon signe… nous ne tournons pas cinquante ans autour du pot et expliquons que nous n’arrivons pas à trouver d’endroit pour bivouaquer dans cette zone, où les gardiens des maisons ne peuvent donner l’autorisation d’entrer sans les propriétaires. En cinq minutes l’affaire est pliée, le dénommé John et son épouse nous invite dans leur maison toute neuve… il y a juste un petit hic : un véritable mur nous sépare de cette maison (30% de pente min). Comme le courant passe bien, nous leur laissons tous nos bagages et Nokomis dans leur voiture et montons la côte la plus raide que l’on n’ait jamais faite en vélo. Ce qui donne des ailes à Amandine, c’est que Nokomis soit dans la voiture devant, pas à portée de vue… Ça donne des idées à Mike pour les prochains cols : il suffit de confier Nokomis à des inconnus pour qu’il ait l’impression que Bourriquet se soit doté d’un réacteur à l’arrière 😉

Nous nous étions lancés quelques temps auparavant un petit défi : essayer de dormir une fois dans une de ces somptueuses villa protégées par des immenses portails. Hé bien, ce sera pour aujourd’hui ! Nichée dans un petit coin de paradis artificiel avec vue sur un lac, leur maison est grandiose et ils nous accueillent avec générosité. Cerise sur le gâteau, John est chef cuisinier… Autant dire que l’on passe d’une perspective de nuit peu réjouissante au luxe le plus total, c’est magique !

Ils nous proposent de visiter la région (en voiture, pour reposer Bourriquet bien sûr, nous ça va 😉 : Salento et sa vallée. Nous passons des moments très agréables et rigolos avec eux.

Nous enfourchons ensuite pour quelques km Bourriquet (qui ne semble pas complétement reposé malgré tout puisque nous devons le pousser à plusieurs reprises), pour rejoindre un jeune warmshower français Jacques et sa femme Juliana. Ils habitent une petite maison sur pilotis de bambou avec vue imprenable sur les champs de café de la Cordillère.

Cela nous fait tout drôle de parler français avec d’autres ! De ce camp de base nous partirons ensuite nous délasser dans les superbes termes de Santa Rosa… Nokomis est comme un poisson dans l’eau chaude et s’en donne à cœur joie, c’est génial !

Nous partons également avec Jacques en expé dans la forêt à la recherche d’une cascade secrète. Ambiance jungle avec l’obligation de se frayer un passage à la machette.

Expérience incroyable, nous en serons quitte pour quelques boutons de petites mouches mordeuses en plus (elles ne piquent pas les locaux, c’est dingue nan ?).

Direction Popayan,

mais nous nous y prenons à deux reprises, le premier jour le bus est trop petit pour Bourriquet qui a du profiter de son temps libre à l’étable pour s’engrosser le bougre !

Nous découvrons donc une nouvelle région avec plaisir, pour l’instant un peu moins escarpée et moins cultivée.

Nous arrivons à Kokonuko, réserve indigène, avec ses termes d’eau chaude bien agréables également.

Une petite journée de pause pour s’acclimater à 2400m d’altitude et nous voilà parti pour la traversée de la Cordillère Centrale, objectif franchir le col à 3100m et redescendre vers 2500m le soir, dans une soixantaine de kms :

Réveil à l’aube, (6H30), dej’ avalé en vitesse, bourriquet enfourché à 7h30 (un record en matière de départ matinal !). Le lente montée du col commence, nous cheminons à fond de vallée le long d’un rio puis nous nous élevons petit à petit pour gagner le plateau. La vue est splendide !

Nous admirons la cordillère orientale au loin et les pâturages environnant sous le soleil levant. Rien ne saurait perturber une si belle journée…

rien enfin presque, le vent se lève et s’acharne à nous lancer des bourrasques si fortes qu’elles nous empêchent presque d’avancer. Le moral des troupes est en baisse, les 60 kms vont être difficile à parcourir dans ces conditions… Le stress de la maman monte quant à la possibilité de dormir à 3100 m d’altitude avec un bébé d’un peu plus d’un an. Nous n’avons pas le choix ! Il va falloir passer coute que coute ou faire demi-tour. La course contre le temps est lancé, il est midi, nous venons de déjeuner dans le dernier village style western du plateau, il nous reste 40 Kms à faire avant de retrouver âme qui vive et altitude plus respectable pour Nokomis. Nous voilà parti sur le plateau au paysage plus qu’étrange…

entre cactus et mini palmiers, il y a… une piste ! Et oui, pour ajouter un petit cran de plus, notre route se transforme en piste caillouteuse après le village. Un petit bonus tout de même, le vent se calme. Notre trio s’engage au plus profond de cette partie du parc naurel du Puracé pour atteindre une jungle impénétrable.

Elle sera notre compagne de route pendant les 30 derniers kms. Pas un sentier, pas un cours d’eau, pas un bas-côté accueillant pour une tente, pas de trace de vie humaine… c’est ambiance ! Heureusement, quelque camions ou 4×4 nous rappellent que nous sommes bien en terre connue de l’homme. Le compteur tourne, les aiguilles avancent, la jungle est toujours là… Enfin, la borne Km 86 apparait (on nous l’avait indiqué comme la première trace humaine. C’est en effet la réalité si ce n’est les quelques traces de militaires sur les derniers kms, sous leur bâches en mode tarp. La guérilla est terminé depuis seulement quelques années), il est 16h, après 71 kms 1200 m de dénivelé positif, 40 kms de piste, 30 kms de jungle impénétrable, 7h15 de coups de pédale,  nous sourions de retrouver la civilisation (un peu éberluée de nous voir débarquer)… exténués mais ravis ! Nous l’avons franchie cette cordillère ! Nokomis saute comme une puce dans la tente mais tombe comme une masse, les secousses de la piste n’ont pas dû être de tout repos pour elle. Elle a été adorable pendant toute la journée, à croire qu’elle nous soutenait depuis sa petite carriole…

Nous voilà à San Augustin pour quelques jours de repos bien mérité !

Petit délire du soir de Mr Mike, bon courage aux lecteurs… :

Je voudrai aborder aujourd’hui un sujet qui me tient à cœur, un sujet d’une extrême importance et qu’il convient de considérer avec toute la gravité nécessaire. L’objet de cette réflexion hante les hommes depuis la nuit des temps, alors qu’ils étaient encore nomades, chasseurs-cueilleurs allant de grottes en grottes. Il s’agit de la recherche continue et exponentielle d’avoir toujours plus de confort. Cette quête incessante s’est immiscée dans tous les domaines de la vie quotidienne, et jusqu’au moment du coucher. C’est précisément à ce moment-là que l’homme, satisfait (parfois !) mais las de sa journée, se met à adopter de curieux comportements, sur son lit en compagnie de sa moitié, avant que le sommeil ne le surprenne. Ces comportements le mettent dans des positions incongrues et un témoin extérieur à la scène mais à portée d’oreille peut alors entendre d’étranges grognements et gémissements semblant accompagner un certain effort physique, avant que bien souvent un « Haaa » de contentement ne précède un grand et calme silence.

A ce stade le lecteur quel que peut au fait des choses de la vie aura certainement de lui-même découvert le sujet de notre présente réflexion. Il s’agit bien évidemment des milles et une façon de faire… un oreiller, accessoire indispensable pour une nuit réparatrice, mais dont le caractère peu transportable a conduit à divers efforts pour en fabriquer un ersatz. L’auteur de ce court ( !) texte a déjà été qualifié d’un « tantinet obsessionnel » par ses proches dans sa recherche de la perfection en matière de support cervical. En effet ont été testé successivement le classique pull-over plié sur lui-même (ça gratte), la poche à eau voir bouteille d’eau gonflée d’air (effet rebond), l’oreiller vendu dans le commerce en plastique gonflable (que l’on ne me parle plus de cette arnaque, le moindre mouvement de tête émet un couinement qui réveille tous les individus à la ronde), le T-shirt rempli de tissus (finit par s’affaisser)…

Ce n’est que récemment, à la lumière de l’expérience conférée par quelques centaines de bivouacs, que j’ose croire avoir trouvé LA solution (en tout cas, MA solution). Je ferai fi du sourire narquois de ma compagne qui observe mon rituel vespéral dans la tente, pour vous dévoiler les étapes à suivre afin d’obtenir un oreiller souple, régulier, au toucher agréable, à la hauteur personnalisable, pour un poids, un encombrement et un prix dérisoire :

– se munir d’une taie d’oreiller (oui, après coup cela m’a semblé évident à moi aussi)

– mettre en boule ses vêtements du soir dans sa polaire puis la zipper (afin d’éviter de faire perdre du temps à mes lecteurs, je pense pouvoir affirmer avoir essayé la quasi-totalité des pliages de vêtements possibles et imaginables, avant d’en revenir à cette bonne vieille méthode du tas anarchique)

– replier les manches côtés fermeture éclair et mettre le tout dans la taie d’oreiller

– rabattre le pan de la taie d’oreiller de façon plus en moins compact en fonction de la hauteur désirée

Voilà, bonne nuit à tous !

Quant à moi, je puis désormais goûter la satisfaction profonde d’avoir, modestement, contribué à améliorer le bien-être de l’humanité nomade 😉

2 réflexions au sujet de « Colombie (3) »

  1. coucou Bourriquet ,

    Alors te voilà reparti sur la route pour franchir la Cordillère,
    Bon courage et n oublies pas les pauses !!!
    Nokomis a été mise dans la confidence , elle pense bien à toi et réclamera
    des arrêts pour que tu puisses profiter de tes RTT , RV RCP et autres repos obligeatoires ,
    bises à vous tous Maminou

  2. Je prends enfin le temps de rattraper mon retard… quel plaisir de vous lire !
    Mike, saches que nous sommes arrivés à la même solution que toi pour le confort nocturne, avec, en bonus, le fait que l’on l’avait trouvé cette solution AVANT notre grand voyage, et, deuxième bonus, nos taies d’oreiller ont été faites – à la main svouplait – d’une taille plus petite et avec un tissus d’une douceur sans égal, comportant des petits reliefs ronds qui effectuent des micro-massages de la joue! Bon, c’était juste comme ça!

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