Colombie (4)

Figées dans la pierre…

Emportés par l’adrénaline des derniers jours (traversée de la Cordillère de Andes), nous partons derechef visiter le parc archéologique de San Augustin. Hé oui, la région est connue pour ses énigmatiques statues. Leur style naïf combine forme humaine et animale (avec notamment des espèces d’autres continents comme l’éléphant d’Afrique…ce qui interroge bien sûr) et elles auraient servies pour des rites funéraires et on les retrouve à l’entrée des tombes. Elles dateraient d’au moins 3000 ans, mais restent bien mystérieuses et font encore l’objet de recherches. Le petit musée, où nous trainerons Nokomis, nous donnera quelques informations sur le passé des indigènes et notamment le fait qu’il y aurait eu 3 « civilisations » différentes qui auraient vécues sur ces lieux (selon les indices des poteries et autres à l’appui) dont la première daterait d’au moins 1000 avant JC. Mais rien n’explique le pourquoi de ces statues… mystère !

Plus étonnant encore, ce petit cours d’eau dérivé pour former une « fontaine » gravées, avec de multiples bassins, là encore probablement pour des rituels en lien avec leur croyance. Il y a plusieurs niveaux qui représenteraient les classes sociales de l’époque, chaque classe aurait accès à un niveau différent pour les rituels. On peut y voir des animaux, des multiples labyrinthes créant des jeux d’eau incroyables.

Nous aimons déambuler au milieu de ces vestiges d’autres civilisations d’un autre temps, semblant révéler ce besoin originel de l’Homme à trouver un sens à la Vie et à la Mort, par le biais de croyances diverses et d’une volonté de s’unir à plus grand que lui. En effet, pourquoi aurait-il senti le besoin de sculpter d’aussi gigantesques et magnifiques statues (pour la plupart retrouvées enfouie sous la terre et donc non accessibles aux regards des vivants) pour siéger à l’entrée des tombes ? Bien sûr chacun peut y aller de son hypothèse 😉

 

Mobiles sur la Terre…

De bivouacs insolites en bivouacs insolites…

Nous entrons dans notre dernier mois du voyage, et tout en profitant avec bonheur de l’instant présent nous sentons également une énergie tournée vers le retour, avec des discussions qui vont dans ce sens… discussions hautement sérieuses:

Une fois n’est pas coutume, nous sortons pour la première fois nos doudounes du fond de nos sacoches… mais pas vraiment pour leur usage habituel : Mike gagne la palme du choix du bivouac le plus pourri, et nos doudounes roulées ne suffisent pas à combler les trous et bosses impressionnantes sous nos matelas ! Mais la vue en valait la chandelle.

Heureusement, d’autres bivouacs sont plus sympas, comme celui où Dine voit une troupe d’enfants venir participer à sa séance de yoga, hilares, face à une vue splendide sur la vallée (d’où nous aurons l’occasion de vivre un magnifique orage !!)

A La Argentina, notre hébergement est quelque peu insolite, puisque nous dormons dans un hôtel en cours de finitions, et sommes donc les premiers et seuls clients. En revanche, il n’y a plus d’eau courante dans toute la ville suite à une rupture d’une canalisation.

Puis, c’est dans un petit hameau communautaire organisé autour d’un sanctuaire de la Vierge que nous trouvons un autre refuge pour la nuit. Nous avons un peu l’impression d’être des extra-terrestres ici, et une grappe d’enfants nous suit comme notre ombre… sympa mais usant ! Ils sont d’une habileté stupéfiante sur le vieux vélo sans pneus ( !) qu’ils se partagent. Ils nous assaillent de questions et sont curieux de toucher à tout ! Ici vivent une dizaine de famille, depuis la nuit des temps… Tous sont nés ici, leurs parents aussi, la vie semble tourner au ralenti entre poules, dindons, cafetiers, manguiers et l’école. Une « professora » vient de la ville, leur faire cours (en classe unique bien sûr !) tous les jours. Chacun a sa matière préféré, l’un les maths, l’autre les sciences de la terre… Mais sont-ils destinés à vivre ici ? Cela nous parait parfois inconcevable, nous qui aimons tant bouger 😉

Enfin, un terrain de foot (la Colombie est bien le pays où nous avons vu le ratio équipement sportif/nombre d’habitants le plus élevé ! Nous en voyons même perdus, isolés dans les campagnes), nous accueille pour notre dernière nuit avant Sylvia, accompagnés de sa myriades de bambins.

 

 

Google, le meilleur ami de l’Homme ?

En direction de La Argentina, nous partons un matin, la fleur au fusil, en mode « light », pour franchir les derniers 500m de dénivelés positifs indiqués par Google Map… qui ne se révélera pas être notre meilleur ami ! Nous comprendrons mieux les mines compassionnées et vaguement perplexes des locaux quand nous demandons la route pour La Argentina… Ce sera notre journée de vélo la plus dure du voyage, nous sommes à bloc pendant des heures sur la piste qui devient incroyablement raide.

Ça passe de justesse sur le vélo la plupart du temps, parfois nous poussons, pneus dégonflés au maximum pour préserver un peu d’adhérence sur la piste qui se dégrade, devient sablonneuse ou humide. C’est l’impression de lutter sans répit tant avec les bras qu’avec les jambes durant un temps qui nous fait perdre ses repères habituels et qui semble se dilater. L’heure du repas de midi est déjà passée et nous nous arrêtons de courts instants pour manger des vivres de courses régulièrement. Seule Nokomis reste dans un état de fraîcheur impeccable, bien à l’abri dans son carrosse, souriant de toutes ses dents. L’ambiance devient saisissante, dans la brume au milieu de la jungle…

Nous croisons un ou deux véhicules par heure, et enfin l’un des chauffeurs après nous avoir gratifiés de galettes pur beurre fort appréciées, nous annonce l’imminence de la descente. Ouf, nous y plongeons avec joie puis après quelques kilomètres apercevons quelques maisons. L’endroit est étonnant, quelques habitants seulement, très typés, aucun magasin sauf une « tienda communautaire » où les paquets de pâtes doivent être triés, car fournies  avec des petits habitants à pattes inclus…Nous comprendrons après un long moment que nous ne sommes pas encore à La Argentina, mais dans une réserve (quel mot choquant n’est-ce pas ?) indigène, Buenos Aires. Ici, les femmes ont des enfants coup sur coup et le contraste avec ce que nous avons connu de la Colombie nous frappe, tellement leur niveau de vie en semble à des années lumières…

Nous reprenons la piste, qui monte encore et encore…Extrait d’une conversation sur Bourriquet :

Mike (grimaçant) « Ah ça fait mal aux jambes quand même ! »

Dine (offusquée) : « Quand même ??! On souffre le martyr, oui, on devrait être canonisé !!! », mais bon l’humour persiste, c’est que ça va bien quand même 😉

D’un seul coup, nous passons de l’autre côté, la vue se dégage un peu sur le spectacle envoûtant des crêtes acérées qui se succèdent à l’horizon : De nouveau des traces d’habitation, de cultures. La descente est très raide, les freins chauffent. Nous arrivons enfin à La Argentina après 5h30 de vélo à 6 km/h de moyenne. Nous avons monté bien plus que prévu, passant très probablement au-dessus de 3000m d’altitude (pour les 2100 de google maps), vu la végétation et le temps de montée.  Sûr que désormais, nous n’avons plus une confiance aveugle en Google, et nous préférons multiplier et croiser les sources d’informations de locaux!

Autant dire que le lendemain nous nous payons le luxe d’une journée repos, animés par deux obsessions : manger et dormir, et profitant d’un temps sans rien de précis à faire sinon échanger, être, jouer avec Nokomis…

 

Les réserves indigènes

En direction de Tierradentro, alors que nous entrons dans un « restaurant » d’une réserve indigène, Dine s’exclame « Mike, ça y est, on est au bout du monde ici ! ». Ces réserves semblent bien pauvres, et lorsque nous essayons de discuter un peu plus en profondeur avec eux, notamment de leurs conditions de vie dans ce système de réserve, les visages se ferment et les discussions sont vites déviées (d’ailleurs ce sujet ne passionne pas non plus les quelques touristes avec qui nous discuterons, alors qu’il s’agit de visiter leur terre et les tombes de leurs ancêtres…cela semble presque tabou ?!). Notre guide, certes un peu ancien (2009), fait mention d’un taux de scolarisation très bas des enfants indigènes : 11% ! Toujours selon le Petit Futé, la politique global de l’état Colombien est plutôt celle d’une assimilation progressive que celle d’une réelle volonté de préserver la culture indigène.

Tierradentro : les tombes peintes

Nous roulons pour l’atteindre dans des paysages magnifiques : vastes vallées creusées par le fleuve qui dessine de majestueux oméga, où les arbres se font rares, concentrés dans les points humides.

Petit coup de stress lorsque nous entendons soudain un claquement sec : la suspension de la carriole casse nette… heureusement en modifiant le réglage nous pouvons continuer la piste, pour arriver finalement à l’entrée du Parc National de Tierradentro. Ce mot signifie terre intérieure, en raison de la difficulté pour les Conquistadors d’accéder et d’envahir ces terres, et nous comprenons pourquoi ! Elle reste la propriété des indigènes où ils ont leur propre gestion du territoire, même si ils sont sous la coupe de la politique du département. Ils se réunissent en assemblée pour élire, chaque année, ceux qui seront les gardes de ces terres. Il est quasi-impossible pour les non-indigènes de les acheter aujourd’hui.

Peu de statuettes ici, mais d’impressionnantes chambres funéraires creusées dans le tuff (roche volcanique) à 3-5m de profondeur. Elles sont parfois peintes, probablement avec le pouce en utilisant des pigments naturels (sève des arbres et terre), avec des colonnes gravées de visages triangulaires, et d’humains en positions fœtales. Ce sont des tombes secondaires. En effets, en premier ils étaient enterrés dans des «  trous », un peu comme à notre manière et après un certain temps les squelettes étaient exhumés, le plus souvent incinérés de façon partielle puis mis dans des amphores, elles même placées dans ces chambres funéraires de grandes tailles. Ces urnes contenant des ossements humains datant d’au moins 3000 ans ont été retrouvées. Les chambres funéraires sont accessibles par des marches et sont creusés sur les terrasses de chaque colline, avec une vue splendide !

Ici, quelques statues ont été aussi retrouvées, dans le même style qu’à San Augustin.

Sortant de terre, nous explorons également les environs à pied lors de superbes randos ! Les dénivelés sont bien là, mais la marche sur les crêtes est magique. Nous retrouvons le bonheur du mouvement des pieds en contact avec la terre, qui nous manquait un peu.

Et le petit plus : en rentrant ensuite à notre hostel, suant et collant de poussière, nous dégustons les meilleurs jus de fruits de la région, un régal des papilles. Nous nous sentons tellement bien, que nous restons au milieu de ces cirques de montagnes quelques jours.

Et Nokomis s’initie à l’escalade…

Pour ne pas nous ennuyer, nous testons aussi la médecine locale. Nokomis joue avec son papa, un cri strident retenti. Le palpitant de sa maman s’emballe… « Elle s’est cassé quelque chose, ce n’est pas possible, je ne l’ai jamais entendu pleurer comme ça ! ». Elle est difficile à calmer, son pied est bleu violacée… (il s’est coincé dans la pédale du vélo d’appartement). La « abuela » (grand-mère) lui concocte d’emblée un remède : bain de pied dans un mélange de feuilles de coca et de tabac, puis massage au gel de cannabis. Nous nous demandions si pour tasser le tout, elle n’allait pas lui faire sniffer un rail de coke, mais elle s’en tient sagement là. Nous ne sommes pas en Colombie pour rien ;-). M’enfin, même le sceptique Mike est obligé d’admettre que cela fonctionne bien, très bien même puisque dès le lendemain ce n’est plus qu’un mauvais souvenir ! Pas de pied gonflé ou de douleur pour marcher ! Ouf, plus de peur que de mal 😉

Sylvia

Il nous faut ensuite retraverser la Cordillère Centrale en sens inverse, ce que nous faisons en deux jours d’efforts intenses. Cinquante kilomètres de montée plutôt régulière au milieu des éboulis de la route-piste.

Et pourtant, n’écoutant que notre courage, nous avisons un camion vide dans la brume ambiante qui écourte notre effort en nous transportant au sommet, à près de 3500m d’altitude. Sur l’altiplano, la large vallée fertile au doux surnom de « petite suisse »  émerveille les yeux, avant une descente sublime. Un dernier effort et nous rejoignons le village indigène de Silvia, avec le désir d’en savoir plus sur leur culture !

Voilà, le moral est au beau fixe, Nokomis gambade de partout, hurle « Papaaaa !»  à tout bout de champ (c’est-à-dire aussi quand ce n’est pas très approprié, genre devant des inconnus ou des vaches ;-), imite de plus en plus tous les sons qui sortent de notre bouche de façon générale, s’amuse comme une folle avec tous les gamins et… s’est amusée à balancer tous ses livres en chemin en les glissant subrepticement entre le sol et la bâche de sa carriole (volonté de nous alléger ? qu’elle est charmante cette bambin 😉

 

Sans avoir mal au derrière !

Nous voulions avoir un peu de recul avant de vous faire partager ce qui est une véritable révolution dans le monde de la petite reine : les selles Proust. Du nom de son génial inventeur Daniel Proust, ces selles dont vous avez peut-être remarqué  l’allure insolite sur les photos de Bourriquet, se distinguent essentiellement par deux éléments : l’absence de bec de selle et un mouvement de rotation lors du pédalage. Le confort est incroyable : quasiment AUCUNE douleur au derrière, après les premiers jours pour s’habituer (ce n’est pas long). Nous les oublions tout simplement, il n’y a plus de compression sur les parties molles. Gain énorme au niveau du dos également, le fait de regagner de la mobilité au niveau du bassin et du bas du dos fait que nous n’avons pas mal aux lombaires malgré les efforts intenses fournis. Nous avons l’impression d’avoir un mouvement de pédalage plus naturel, plus rond et plus efficace. Le mouvement de la selle permet en plus en tandem de « rattraper » un peu les « à coups » directionnels entre l’arrière et l’avant du vélo. En descente, la rotation permise du bassin permet d’engager les courbes de façon plus franche et de soigner les trajectoires au millimètre. Toute une panoplie de réglage est possible (inclinaison longitudinale et latérale, dureté voir blocage de la rotation…). Daniel Proust s’est montré très disponible par mail pour nous conseiller en début de voyage, les douleurs aux tendons d’Achille de Mike étant dues à une position de selle trop haute. Bref, que du bonheur, à conseiller +++. Seul bémol : le revêtement en cuir à tendance à s’user un peu vite, et il ne faut pas porter le vélo par le dessous de la selle au risque d’en réduire la durée de vie (en voyage il n’est pas évident d’éviter à temps que les personnes bien intentionnées porte le vélo par la selle, pour nous aider à franchir un escalier ou autre). Bientôt disponibles pour ceux qui veulent faire un essai à notre retour 😉

 

Une réflexion au sujet de « Colombie (4) »

  1. Bonjour à tous les 3 et encore merci pour votre récit de voyage qui est fabuleux et nous fait voyager nous aussi par la pensée!
    Votre retour s’approche… On a hâte de vous revoir.
    On vous embrasse.
    Mélanie et Seb

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