Colombie (5)

Une fin de voyage en roue libre…

Expérience inédite de la culture indigène

Plus qu’ailleurs encore, ici (Sylvia) nous avons l’impression d’être dans un autre monde. C’est peut-être l’effet des habits traditionnels des indigènes, magnifiques et colorés, qui envahissent ce petit village le mardi, jour du marché, avant que celui-ci ne retombe dans sa tranquillité imperturbable.

Nous l’avions dit, nous étions curieux de découvrir plus avant la culture indigène… quoi de mieux pour cela que de suivre un « rituel » de médecine traditionnelle ? A 3500m d’altitude, dans un environnement envoûtant où règne la « paramo » :

(sorte de cactus typique de la haute altitude).

Seuls à des kilomètres  à la ronde, Carlos nous pratique une purification. En s’appuyant sur les forces de la nature environnante, il nous sortir « todo le malo » du corps et de l’esprit : invocations aux esprits et crachats de diverses plantes (coca, tabac, thym, etc…) et macération liquoreuses. Pour clôturer le tout, nous sommes conviés à nous baigner tout entier dans le Rio gelé… (autant dire qu’à cette altitude il nous faudra plonger sans trop réfléchir ;-). Une expérience assez inédite pour notre part, et bien authentique ! Amandine en rêvait… c’est fait !

Nous faisons quelques rando dans ce beau coin montagneux, profitons encore de cette cordillère de Andes et hésitons sur la route à suivre pour la suite…

Nous ressentons une certaine lassitude de ces efforts éprouvants sur le dos de Bourriquet, et le climat change assez soudainement : la saison des pluies arrive, avec des précipitations désormais quotidiennes…

Direction le Sud

Suivant les conseils de voyageurs, c’est sur Pasto que nous jetons notre dévolu pour un petit périple sans notre Bourriquet favori. La route qui y mène est en effet spectaculaire et vertigineuse, le bus longe des à-pics impressionnants qui font vraiment ressentir la haute altitude  des Andes.

Visite d’une superbe lagune avec quelques canaux dans l’esprit de Venise, et Nokomis se régale d’un petit tour en barque traditionnelle.

Nous retrouvons Popayan qui restera notre petite ville favorite de Colombie, avec ses maisons blanches, ses ruelles tranquilles  et ses vues imprenables. Puis c’est le grand voyage du retour…vers Medellin

Gracias Amigos !

Pour finir en beauté nous passons une semaine chez nos amis Nilton et Isa rencontrés en début de périple, à Guarne.

Nous en profitons pour visiter la ville de Medellin, une fois n’est pas coutume, nous quittons nos campagnes tranquilles pour nous plonger dans la fourmilière urbaine. Et nous ne sommes pas déçus ! Nous visitons le quartier de la « commua 13 », connu pour être le plus dangereux du monde il y a 20 ans. Suite à la mort de Pablo Escobar, le célèbre maître du cartel de Medellin, il se transforme petit à petit.  Aujourd’hui, les maisons sont peintes de toutes les couleurs, des graffitis dignes de tableaux de grands artistes ornent les montées d’escaliers, le dédalle de petites ruelles escarpées où courent les enfants respire la tranquillité. C’est un plaisir pour nous de découvrir ce lieu qui ne ressemble en rien à ce que nous connaissons. C’est une touche positive de voir comment tout peut changer… et aller vers le Beau.

Le dimanche, sortie en famille, avec Nilton, Isa et leur maman, frères, sœurs, au parc naturel Arvi, qui dominent la ville. Nous nous retrouvons en pleine nature, entourés de centaines de colombiens venus ici piqueniquer tranquillement au bord du ruisseau. Petite tente, cris d’enfants, vols de ballons, rires et odeur de grillades, c’est le coin du dimanche pour se reposer et passer un bon moment.

Le dernier jour nous voulons nous offrir une petite salade de fruit pour fêter ça. Résultat : une immense barquette arrive avec des fruits, certes, mais surtout du fromage, du lait concentré et de la crème fraiche ! Un poil bourratif, décidemment nous sommes toujours surpris de leur alimentation !!

 

Faut-il conclure ?

Voilà, notre périple s’achève, après un galop supplémentaire de 1145km en 107h (soit une moyenne record de 10,7 km/h…c’est peut-être plus du trot ou du pas ?!)

Il serait ridicule de penser que nous revenons en France en ayant tout vu et tout compris de ces deux pays si différents et si paradoxaux. Si nous ne revenons pas plus sages ou plus intelligents (sauf Nokomis qui a bien grandit ;-), cette petite aventure nous aura permis de prendre un peu de recul. L’objectif était notamment de passer du temps en famille, de nous connaître un peu mieux : objectif atteint ! Le voyage nous a aussi obligé à « lâcher » sur beaucoup de choses, tant au niveau du confort que des principes éducatifs (genre l’alimentation équilibrée ou le « pas de télé », difficile quand c’est la norme de mettre son bébé devant etc…). Sans pour autant tout  cautionner, nous avons aussi appris à relativiser, c’est-à-dire que nous nous sommes rendu compte que tous ces principes sont « relatifs » à une culture, et si à Cuba l’allaitement d’un bébé après 3 mois peut valoir des regards noirs à la mère, en Colombie c’est l’arrêt de celui-ci avant 3 ans qui est considéré comme une hérésie !

Quitter notre petit nid douillet d’Aurillac avec son confort aura certes été un peu extrême en commençant par Cuba, mais se remettre en contact avec des gens vivants dans des conditions de vie si différentes et parfois si difficiles, qui ont une tout autre mentalité, est plus qu’enrichissant. Nous sommes toujours émerveillés de cette diversité au sein de l’humanité, et de la bonté de l’Homme.

 

En guise d’ouverture, des extraits d’un poème glané en chemin, avec cette sensation qu’aujourd’hui ce n’est pas la fin d’un voyage, mais seulement celle d’une étape de ce grand parcours qu’est la  Vie, parcours qui continue à se dérouler devant nous.

LA SAGESSE DE CELUI QUI MARCHE

Où allons-nous par cette route où nous marchons depuis des temps si long sans demander à personne où elle mène ? Tel va pour tenter la fortune, tel pour chasser le souci, tel en quête de savoir, tel pour rentrer chez soi. Nous allons faire toutes ces choses à la fois : nous allons retourner à l’évidence.

* * *

Il n’est pas arrivé celui qui marche. Le pèlerin n’est pas un sage, n’est pas un saint, c’est un ami de la sagesse, un chercheur de sainteté. La vérité que tu cherches n’est pas au bout de la route. Elle est partout, elle est en toi. C’est toi-même que tu cherches, ô fou, et tu vas te chercher au loin.

Oui mon corps qui traîne dans le monde extérieur ignore encore la vérité que mon intelligence a vue. Je veux mettre mes pieds dans les pas de ma pensée, je veux tâter avec mes mains ce que sait mon savoir, je veux peser mon poids sur la terre promise des certitudes spirituelles.

Va, fou, mets-toi donc en marche avec toute ta vie, et que la route fasse chanter ton corps de roseau sec et tes jambes de vent !

Si tu fermes la main, le monde restera fermé comme un poing. Si tu veux que le monde s’ouvre à toi, ouvre d’abord la main.

* * *

Efforce-toi de faire ce que nul, hormis toi, ne peut faire. Efforce-toi de désirer ce que chacun, comme toi, peut avoir. Distingue-toi par ce que tu es, non par ce que tu as.

* * *

Extrait de Lanza del Vasto, Principes et préceptes
du retour à l’évidence
, Denoël-Gonthier, 1973.

 

Le mot de la fin ? Nokomis, espiègle, qui glisse à l’oreille de Bourriquet :

« On s’en est payé une bonne tranche, pas vrai 😉 ? »

Bonne route à tous !

Nokomis, Amandine et Michael, le 09/03/18, Medellin, Colombie

PS de dernière minute : nous sommes bien arrivés en France après 4 vols en 33h de transit qui se sont déroulés à merveille ! Merci à Gwen et P’tit bof pour les navettes de l’aéroport et l’accueil des voyageurs échoués 😉

 

 

4 réflexions au sujet de « Colombie (5) »

  1. Bien soulagée que vous soyez rentrés ! Bravo !
    Y a des Français qui ont maintenant bien besoin de vous !….

  2. he beh, ça fait bizarre de voir ce fil coupé..

    mais ça va être chouette de vous revoir en chair et os (mais surtout en chair, et en muscles :)! )
    comme si on pouvait finalement se raccrocher
    a votre ligne de vie
    a bientot,
    des besos

  3. Merci pour ces superbes textes pleins d’humour et d’exotismes, qui donnent envie de repartir!!

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