Cuba (5)

Un Cuba aux multiples visages…

Les langues se délient…

Ces derniers temps nous avons fait de belles rencontres, très diverses qui nous ont permis de mieux comprendre ce pays, même si comme nous le verrons il s’avère très difficile à comprendre pour les Cubains eux-même !!

Nous longeons la côte Nord du pays avec notre fidèle Bourriquet, et dans cette zone délaissée des touristes nous apprenons à apprécier Cuba.

C’est une première famille qui nous fait découvrir les difficultés économiques depuis la chute de l’URSS et la « période spéciale » qui a suivi (on y reviendra). Concrètement, actuellement le fonctionnement est le suivant :

– le salaire moyen est d’environ 30-40 CUC (env. euros) par mois

– chaque Cubain a droit à une quantité prédéfinie de riz (4kg) haricots rouges, sucre (500g), café (un paquet) et un peu de viande de porc à un prix très réduit (c’est presque comme un revenu minimum universel mais en nourriture ?). Après ces quotas tout est beaucoup plus cher et quasi inaccessible pour les Cubains (huile, pâte, viande de bœuf, thé, farine…). Avant la chute de l’URSS ce fonctionnement existait déjà mais il y avait beaucoup plus de produits inclus dans les quotas (confiture, farine, œuf, viande, fruits, légumes etc…)

– en fait ce que nous n’avions pas vraiment réalisé, c’est que leur niveau de vie a vraiment baissé depuis vingt ans, ils vivaient bien jusqu’en 1990 environ

– dans la réalité ce salaire leur permet à peine de manger, et encore très mal (riz/haricot rouge, « pizza », soda, c’est à peu près tout)

Cette famille souffre des conséquences du cyclone Irma qui a emporté toutes les fleurs des arbres, il n’y aura pas de fruits dans leur jardin avant un an. La totalité de ce revenu supplémentaire est donc réduit à néant. Ils sont très étonnés d’apprendre qu’en France il n’y a pas de cyclone (ici un tous les trois ans, mais celui de cette année a été particulièrement fort).

Bourriquet se dégourdit les jambes dans la plate campagne Cubaine, entre char à bœufs, cocotiers, petites fermes…et nous emmène jusque dans une maison d’une famille de professeurs.

La plupart des Cubains semblent avoir un niveau d’études très élevés, dû à la gratuité totale de l’école et des universités (il n’y a aucune école privée). Par exemple leur culture littéraire nous scotche: ils ont lus plus de livre de littérature française que nous à l’école, et ont été ouvert à la littérature anglaise, italienne … Ce niveau d’études n’est pas synonyme de bonne rémunération : ici les retraités ne touchent que 16 CUC par mois donc doivent trouver une autre activité pour vivre (dans cette famille l’agriculture). Nous passons une soirée dans une ambiance chaleureuse avec toute la famille réunit autour de la tente, dans le jardin sous les étoiles, à discuter politique, études, système de santé etc…

L’arrivée d’un front froid…

Brusque changement de température, puisqu’on perd quinze degrés très rapidement. Ce qui est comique c’est que l’on commence juste à respirer, et que les Cubains se plaignent tout le temps du froid, on a l’impression qu’ils sont au milieu de l’hiver Arctique alors qu’il fait encore plus de vingt degrés ! Nous jouons au chat et à la souris avec les averses, comme lors de cette journée épique :

– pluie dès la deuxième partie de la nuit, p’tit déj’ dans la tente

– on enfourche Bourriquet après deux heures à attendre qu’il y ait une éclaircie

– deux autres pauses d’une heure sous un abri s’imposent rapidement car les nuages charrient pas mal d’eau

– il faut se résigner à partir sous une pluie fine

– direction Marti cinq km plus loin, avec l’espoir d’une casa pour nous accueillir après ces cinq jours de vélo non stop

– pas de casa ici… mais un « rancho » : un endroit des plus sordides, chambres sans fenêtres, à l’odeur pestilentielle, des conditions d’hygiènes douteuses avec des gamins plus que sales… Oups, ça ne va pas être possible !

– il y a 24 km avant la prochaine ville, il est 15h30, le soleil se couche à 17h30 : défi (sous quelques gouttes) !

– la route est on ne peut plus plate, yes ! Nous faisons une sorte de contre la montre, fusons parfois à 25km/h (bon ok ce n’est pas dingue mais par rapport à notre vitesse habituelle les sensations sont là 😉

– arrivée à Colon à 17h30, on tente le premier hôtel qu’on voit. Impossible, réservé aux Cubains ! La réceptionniste appel un ami qui tient une casa et qui vient nous chercher

– arrivée à la casa, le propriétaire est éméché, le sol est sale, l’ambiance glauque… Il faut trouver une autre solution !

– Amandine a aperçu un panneau « Rent Room » plus haut dans la rue, on sonne. Là aussi, c’est réservé aux Cubains mais l’hôte appel un ami…

– 19h arrivée dans une casa grand luxe, taille XXL, propre, youpi !

– fin de la journée, avec l’impression d’en avoir vécu plusieurs en une (comme souvent !), épuisés mais super content !

Nous ouvrons grand nos oreilles

Le plus grand luxe de cette casa sera en fait ses hôtes, généreux, sympathiques, très éduqués, avides de parler de leur pays, en Anglais et même en Français !

Le père de famille nous fait une petite leçon d’histoire, alors on vous en fait profiter (résumée et de ce qu’on en a compris et retenu…) :

– le pays est sous le joug espagnol et en 1868 demande son indépendance. S’ensuit une guerre entre les Américains qui viennent soutenir les Cubains et l’armée espagnole.

– les espagnols s’en vont, le pays est libre mais avec une forte présence Américaine qui possède la plupart des terres et qui gouverne « plus ou moins » le pays.

– le parti de Fidel gagne les élections mais les Américains soutiennent le coup d’état de Baptista.

– selon la constitution Cubaine n’importe quel Cubain peut intenter un procès contre l’instigateur du coup d’état (c’est ce que fera Fidel mais il perdra et il s’enfuit donc).

– les conflits avec les états unis datent en fait depuis bien avant la guerre froide.

– Fidel fomente donc avec Che Guevara la révolution socialiste.  Objectif notamment de rendre les terres au peuple Cubain, chacun devient propriétaire de son terrain (pas de vente possible en revanche).

– de 1970 à 1990 : l’âge d’or, ils vivent bien.

– à la chute de l’URSS 83% des échanges s’arrêtent brutalement et du fait de l’embargo américain empêchant tout échange international ils vivent en « autarcie » : c’est  « la période spéciale » avec des conséquences dramatiques en terme de famine, ils manquent de tout (pas de vêtements, ils se lavent avec du sable car il n’y a pas de savon…). Ce régime d’austérité dure au moins trois ans.

– l’économie reprend ensuite un peu, avec quelques échanges avec l’amérique du sud, la chine, la corée et le développement du tourisme.

– puis les règles s’assouplissent quand Raoul (frère de Fidel) arrive au gouvernement, avec la possibilité d’avoir son propre business etc…

Avec Aymara (la fille) et son mari nous parlons alors du Cuba d’aujourd’hui et des questionnements des jeunes face aux nombreuses mutations actuelles :

– la plupart des jeunes Cubains émigrent vers les états unis où ils bénéficient de conditions d’accueil très spéciales (une semaine pour avoir des papiers pour travailler, une année seulement pour avoir la Green Card et 400 dollars / mois en ticket nourriture). Cela crée « une fuite » d’une partie de la population, qui avec son pouvoir d’achat subvient à la vie du reste de la famille qui n’est plus toujours motivé pour travailler.

– eux ont fait le choix difficile de rester, par amour pour leur pays, leur culture et leur famille alors qu’ils pourraient très facilement faire le même choix que beaucoup de leur amis.

– ce pays est plein de paradoxe et ils sont quasiment obligé de vivre dans l’illégalité pour se procurer plein de produits au marché noir (nourriture, climatiseurs, TV, tél portable.. sont importés du Panama via des « mules » : personnes payées pour faire transiter ces produits par avion).

– certaines règles sont mal comprises d’eux même, comme ces hôtels réservés aux Cubains, pourquoi ?? Une anecdote : le distributeur automatique d’une banque refusant de nous donner nos billets, nous tentons d’entrer dans la banque mais à notre grande surprise ce sont les banquiers qui sortent pour parlementer (en espagnol uniquement bien sûr) avec nous durant 2h sur le trottoir… on tourne en rond, jusqu’à ce qu’on nous explique que nous ne pouvons rentrer car… nous sommes en short ! Nous explosons de rire, et allons mettre un pantalon pour régler cette histoire.

– les questionnements de la nouvelle génération rejoignent les nôtres sur l’arrivée des nouvelles technologies et surtout leur omniprésence dans la vie quotidienne. Le bond est très rapide, avec comme chez nous les jeunes obnubilés par les marques, la possession des portables etc… Aymara a écrit un poème (primé) pour faire part de cette génération confrontés à un monde en pleine mutation (s’il y a des lecteurs bilingues désireux de faire une traduction en commentaire, c’est avec grand plaisir, car notre niveau d’espagnol n’est pas encore suffisant 😉 :

« Alice en e-wonderland.

Alice quiere un iPhone,

Blanco,

Con su manzanita.

Wonderland pais sin Tiempo,

Costas hacia nowhere,

Aburre tanto smiling cat, sombrereros

Y fiestas del té, siempre a las 6.

? En qué se parece un cuervo a un escritorio ?

 

Alice quiere un iPhone,

Su imaginacion muerde la manzanita de plata,

Con fondo blanco.

Eat me !

Monta y desmonta las Apps de su iPhone

A juego con su cute leggings and nice shoes,

All Stars

?A donde llegas si caminas suficientemente ?

 

Alice quiere un iPhone,

Navegar Wi-Fi manzanita entre sus pernas

lejos,

después del charco de lagrimas,

sin Out of the head !!! a casa paso,

ni Dodos, borogobios, Orugas adictas al narguile.

So sick !!!

Aqui todos estan locos.

? Puedes creer 6 cosas imposibles antes del desayuno ?

 

Alice quiere un iPhone porque es de la wave de esta new age.

Bye cuando se despide,

Hairlights en su pelo,

Y consuela a Darwin, no es tu culpa,

              Molvilevolucionamos,

Y a Cervantes atraganta una n, pa ke ? no esta

              En los keyboards,

Y update a Descartes, tecleo, luego existo,

Y al Maestro, del monstruo, hasta las entranas.

 

Porque Alice quiere un iPhone,

Suyo,

Poseerlo,

Amamantarlo toda la noche,

Con el cablecito. »

Autora : Aimara Garcia Cabezas. Premio Concurso-Debate José Jacinto Milanes 2015. Diffusé sur le blog avec son accord.

 

Plein les yeux ?

Les paysages sont surprenants et nous change de notre Cantal vallonné. Ils sont assez monotones et plats : De grands champs de canne à sucre, quelques petits villages aux façades souvent décrépis, des palmiers immenses perdus au milieu de pâturages ou paissent de nombreuses vaches, de toutes couleurs, au longues cornes. De loin, nous apercevons parfois la mer… de près nous allons tremper nos pieds dans une baie, assez promptement pour éviter les attaques de petites mouches.

Et les papilles ?

Pour finir plus trivialement, notons que la part de nourriture dans nos conversations va croissante au fil du temps… reflet de pauvre diversité de nos repas ! Nokomis apprécie les pâtes-sauce tomate-fromage (on dit pâtes sauce napolitaine, ça fait plus classe !), et heureusement… Les fruits manquent (suite à Irma), en fait il n’y en a quasiment pas, et les légumes sont absents. Nous avons du mal à trouver autres chose que pizza, riz, pâtes. Bref, on se prend à rêver de salades, tartinade de légumes, glace, fromage, légumes en tout genre… Dur pour nos petites papilles françaises.

Ps: Peut être que l’on vous « saoule » un peu avec les histoires politiques et modes de vie des cubains, mais nous sommes tellement perplexes face à ce pays, que nous tenons à vous faire part de nos impressions et rencontres… (vous n’êtes pas obligés de tout lire 😉

 

7 réflexions au sujet de « Cuba (5) »

  1. Un vrai plaisir de vous lire et en tout cas moi vous ne me saoulez pas avec lhistoire je me regale!

  2. Hola Amandine & Mike & Nokomis,

    Thank you very much that my Cuban travel can go on with you! I am eagerly reading your recent stories which give me new insights in the Cuban life.

    Your photos are wonderful and they highlight how well you connect to the Cuban people.

    I am glad to read that you are doing well. I hope you will find some nice places and hosts for the Christmas holidays.

    Take care,
    Christian

  3. Merci les copains!
    Beau voyage, belles aventures! Bravo
    Et puis, c’est très intéressant au contraire, ne vous en excusez pas. Cuba est passionnante. Alors? Qui est responsable de la misère cubaine? De quel système politique j’entends par là? Le Communo-socialisme Russe de Brejnev avec Fidel ou le capitalo-libéralisme Américain de Nixon avec Batista?
    Même si ce n’est pas si binaire… Vous vous doutez bien à qui je proposerai l’échafaud. 😉
    caresses & bises à l’oeil. m.

  4. On est toujours très heureux de vous lire, de partager votre quotidien, vos péripéties et vos découvertes ! On apprécie aussi beaucoup les photos des paysages, de vos belles rencontres et de Nokomis.
    On vous embrasse bien fort, continuez à prendre soin de vous.
    Aurélie, Malo et Paul

  5. Hi guys!!! Thank you for the wonderful comments. It was great to meet you. And thanks to try to really understand this island. Here I let you something like a translation of my poem (sorry sorry for the mistakes, It will never be the same in other language, and I’m pretty far from speaking, less writing, french properly) I just want to give you some clues (hopefully :))Love your blog, now I wont stop reading it!!! A huge kiss to Noko!!!!!

    Alice au e-Wonderland.

    Alice veut un iPhone,

    Blanc,

    Avec son peu de ponme

    Wonderland pays sans temps,

    côtes vers nulle part,

    il ennuie tant smiling cats, des chapeliers

    Et les parties de thé, toujours à 6 heures.

    ? Comment un corbeau ressemble-t-il à un bureau?

    Alice veut un iPhone,

    Son imagination mord la peu de ponme d’argent,

    Avec fond blanc

    Eat me!

    Assembler et démonter les applications de son iPhone

    assortie à ses cute leggings and nice shoes,
    All Stars

    Où arrives-tu si tu marches suffisamment ?

    Alice veut un iPhone,

    naviguer wifi Wi-Fi peu de ponme entre les jambes

    loin

    après la flaque de larmes,

    Sans Out of the head!!! à chaque pas ,

    ni Dodos, borogobios, des chenilles accro au narguilé.

    So sick !!!

    Ici tous sont fous.

    ? Pouvez-vous croire 6 choses impossibles avant le petit déjeuner?

    Alice veut un iPhone parce qu’elle est de la wave de cette new age.

    By quand elle dit au revoir,

    Hairlights dans ses cheveux,

    Et consoler Darwin, ce n’est pas ta faute,

    nous mobile-évoluons,

    Et à Cervantes l’étrangle une ñ
    , pour que? il n’est pas là, Sur les keyboards,

    Et update à Descartes, cliquez, alors j’existe,

    Et au Maître, du monstre, aux entrailles.

    Parce qu’Alice veut un iPhone,

    sien,

    Le posséder,

    L’allaiter toute la nuit,

    Avec le le petit câble . »

  6. très Joyeux Noël à vous trois demain nous attendons les Thibault ,Raphael GROS bisous Mamisa et G.P.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *